Dossier : le contre la montre

Nicolas Boisson, un des coach de la U19 Racing Team, nous livre ses conseils de spécialistes sur le contre la montre à quelques jours du premier test national au Challenge National.

Le dossier complet et illustré est à lire dans Génération Avenir #9 ici.


 

 

Le CLM : une discipline de spécialiste ? Oui et Non

Le contre la montre est très souvent perçue comme un moment redouté par bon nombre de coureurs. En effet, cette épreuve oppose le coureur face à son seul adversaire : le chronomètre. Discipline de vérité, le contre la montre se dispute avec des départs à intervalles réguliers ayant pour objectif, la réalisation d’une distance donnée en un minimum de temps. La crainte de se faire doubler pour certains, l’absence de repère pour d’autres, la concentration, la stratégie de gestion de l’effort… sont tant d’éléments qui doivent être abordé au préalable.

L’entrainement : une étape indispensable !
Il existe de nombreuses mises en situation à l’effort solitaire, mais la nature du programme d’entrainement proposé devra tenir compte des spécificités de l’échéance. Pour une préparation aux Championnats de France Juniors (Distance de 20km), il faudra trouver un circuit d’entrainement similaire. Rien ne sert de s’entrainer en bosse si le circuit du championnat est plat ! De plus, je préconise de travailler à des allures de course en commençant par une séance de 4*5km puis une séance de 2*10km, pour en fin de préparation, être capable de tenir l’allure 1*20km.

Néanmoins, beaucoup de coureurs et/ou entraîneurs ne pensent qu’à développer le potentiel physique de l’athlète. Or, l’effort solitaire de la discipline demande d’être prêt physiquement et psychologiquement ! Cet aspect est pour moi, un des éléments majeurs de la réussite en CLM.

Des coureurs capable de sortir seul en maintenant le peloton à 15 secondes derrière sont parfois incapable de rouler vite en CLM ! L’absence de repère est souvent la raison de cette non-réussite.

Des entrainements seul, à allure course serviront à travailler cette intensité, tandis que les séances derrière scooter par exemple, serviront à développer le rythme et la vélocité. Le « scoot » à des avantages tant sur le plan physique que psychologique. Se retrouver avec son entraineur au plus proche de soi dans l’effort est souvent ressenti comme un soutien qui va mettre en confiance.

Les aspects technico tactiques peuvent être raccordés à l’aspect psychologique. En effet, la reconnaissance du circuit est un des items qui doit être anticipé au préalable. Le spécialiste du CLM est un coureur qui connaît parfaitement son terrain – au niveau technique –  il sait à quel endroit il y a une plaque d’égout, le virage qui va suivre et la trajectoire a emprunté…

Par exemple, Les ronds points sont des points stratégiques, et sur un même passage, un écart conséquent existe suivant la façon dont il aura été abordé. Dois-je laisser les mains aux prolongateurs pour rester aérodynamique ou sur le coté afin de virer avec sécurité ? Un coureur qui envisage de passer un virage mal connu aux prolongateurs, va être dangereux pour lui ! Il y a de grandes chances qu’il se fasse surprendre à l’intérieur du virage, amenant ainsi un risque de chute ou un freinage puissant qui va lui perdre sa vitesse.

En course, il faut connaître chaque mètre que l’on va parcourir.

Cette reconnaissance se fait les jours précédents la course sur le vélo de CLM, mais aussi par un travail d’imagerie mentale. Pour Alain Groslambert (longtemps préparateur mentale des Equipes de France CLM – aujourd’hui dans l’équipe Saur-Sojasun) c’est une étape clefs qui permet de gagner les quelques secondes qui vous sépare de l’adversaire. Sur une distance X, la gagne se joue de nombreuses fois à la secondes voir centièmes telles une épreuve de Formule 1.

Chaque détail (même) mineur va permettre de réduire l’incertitude.

Ses détails sont également très important au niveau physique. Les repères (un arbre, un panneau) vont servir à la stratégie de gestion de l’effort qui est régulé par notre cerveau à partir d’un algorithme de téléoanticipation. Par exemple, au pied d’une bosse, le repère peut servir de point stratégique à la relance tandis qu’un autre repère en fin de bosse dictera l’endroit où l’on peut se rassoir sur sa selle. Ces informations traitées par l’algorithme, vont permettre de sélectionner un niveau d’intensité optimal en fonction de l’estimation de la durée d’effort restant et des conditions environnementales et métaboliques.

La téléoanticipation va réguler l’intensité en adoptant une stratégie de gestion de l’effort spécifiquement adaptée à  l’exercice.

La régulation de l’intensité de l’exercice  doit permettre de réaliser la meilleure performance possible, sans atteindre trop tôt les limites physiologiques et adaptatives du sujet. En effet, chaque course doit être fini avec un niveau de force au plus bas. Cela ne correspond pas à partir vite, accélérer puis finir au sprint mais la dernière goutte d’essence doit être utilisé sur la ligne d’arrivée ! Avant, vous restez sur le bord de la route et après, vous n’aurez pas exploité pleinement votre potentiel. La gestion de l’effort sera donc différente en fonction de la distance du CLM

« On doit finir mort »

Nous pouvons encore écrire des pages et des pages sur les spécificités du CLM tels que la position, le choix des braquets, le matériel, le type de séances à réaliser en préparation, l’échauffement… mais une chose est certaine, si l’envie, la motivation, la concentration (la tête pour vulgariser) ne sont pas là, vous avez beau avoir le plus vélo, le casque derniers cris, le résultat ne sera pas à la hauteur de vos attentes.

 

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