Dossier : Comment gérer une double saison ?

Beaucoup de nos coureurs juniors à la U19 Racing Team ont la particularité d’effectuer une double saison été/hiver avec la pratique du cyclocross et de la route. Conseils de coach.

Mathieu Morichon, Raphaël Gay, Maxime Derouint, Arthur Pennetier, Anthony Kuentz ou encore Teddy Rascle font parti de ces jeunes qui ne peuvent se passer d’avoir un dossard dans le dos … Mais comment font-ils ? (article issu du magazine Génération Avenir #12

Lorsque l’on aime tout autant le cyclocross à la route et que l’on participe aux compétitions, cela demande une organisation qui ne doit pas être prise à la légère si l’on veut perdurer à long terme. Avant de commencer sa saison hivernale et estivale, il est indispensable de définir ses objectifs qui serviront à concevoir votre programmation annuelle. Les plans d’entrainements proposés répondront à une démarche par étapes bien précises et spécifiques afin d’être au maximum de son potentiel le jour J.

Cette polyvalence a effectuer deux disciplines possèdent des avantages (phénomène de transversalité : apport d’une discipline vers une autre ; maintien de la motivation…), mais qui dit avantages dit également inconvénients (moins de répit sur l’année, gestion des périodes de récupération, concentration annuelle, besoin de matériels supplémentaires…).

Même si ces disciplines sont comparables dans l’effort, les spécificités sont différentes sur les plans énergétiques/neuromusculaires, technico/tactiques, psycho/sociaux ou biomécaniques. En cyclocross par exemple les durées pour une course juniors sont de 40mn tandis que sur route, les durées sont de 3-4 heures. Des parties à pied, des changements de vélo et des types de terrains différents (boue, sable…) ont lieu en cross ce qui n’est (logiquement !) pas le cas sur route. Ces différences dans la pratique oblige l’athlète à s’entrainer différemment pour conserver cette polyvalence.

Quelque soit la pratique, il est important d’évaluer son coureur dans la discipline respective aussi bien physiquement que techniquement ou tactiquement. Bien que le physique soit l’élément clef de la performance dans les deux pratiques (d’où la nécessité des tests d’évaluation du potentiel physique en laboratoire + terrain) la technique ou tactique viendront en deux ou troisième position. Sur la route, je mettrais la tactique en deux (attaquer, lancer son sprint au bon moment…) alors qu’en cyclocross je dirais que la technique prend le dessus (passage des dévers, descentes/remontées de vélo) à la tactique. Ces évaluations se feront à partir de tests techniques et tactiques mais également à travers une observation de l’athlète.

Chaque discipline étant bien spécifique, il faudra repartir sur des nouveaux programmes à la fin de chaque saison. Volume horaire, sports pratiqués, temps accordé à la discipline et ces thématiques… vont être proposé afin de répondre aux besoins de la discipline. En période hivernale par exemple, même à 15 jours des championnats, des séances de course à pied feront partie intégrante du programme d’entrainement ce qui ne sera pas le cas sur route. Vos forces et vos faiblesses doivent être identifiées afin de les travailler durant vos saisons.

Les objectifs devront être bien établis à l’avance afin de vous préparez correctement, et ce quelque soit votre niveau. Gagner la Bobet en Mars, la première manche du challenge national route en Avril, la Classique des Alpes en Juin, le France route en Aout, le premier Superprestige en Novembre et le France Cross en Janvier est impossible (Si quelqu’un y arrive : respect). Il faudra obligatoirement placer deux coupures à la fin de chaque saison qui vous obligeront à faire l’impasse sur certaines courses.
Pour arriver en forme et en fonction de ses propres objectifs, il faudra déterminer différentes périodes de préparation physique (générale, orientée, spécifique, pré-compétitive…) et organiser des cycles de travail bien précis en fonction de la date échéante. Ces cycles de durée plus au moins grande, allant de la semaine (microcycle), au mois (mésocycle) et au trimestre (macrocycle) ont chacun des objectifs bien précis (ex : développement des qualités d’endurance, de la puissance maximale aérobie…). A la fin de chaque cycle, nous aurons toujours une période de récupération active permettant d’assimiler l’entrainement effectué en amont, sans accumuler de fatigue néfaste à la performance => Principe d’Entrainement/Récupération. L’objectif est d’atteindre son plus haut niveau de performance le jour de votre objectif (que se soit un championnat régional ou mondial, la planification de l’objectif reste la même).

En pleine saison route, votre entrainement sera axé uniquement sur des sorties route. En effet, il est très rare de voir un coursier aller nager, courir ou rouler avec son vélo de cross en plein mois de juillet. Ces sports sont pourtant pratiqué sur la période hivernale, en y insérant des sorties route. Le cross demande un programme d’entrainement plus varié mais également, parfois plus difficiles en terme de conditions météorologiques (froid, vent, neige, brouillard, boue… fait moins rêver que le monoï et les 35°C !). Il n’y a pas de temps idéal, c’est simplement une question de choix et de motivation. (ex : skieurs/surfeurs).

Le programme sera proposé de façon individuelle en fonction de l’athlète en tenant compte de ses objectifs, de ses priorités, de son état de forme… et de ses contraintes scolaires/professionnelles. Dans le groupe de la U19, nous avons des coureurs suivant leurs scolarités dans des lycées à horaires aménagés tandis que d’autres suivent des voies professionnelles aux horaires parfois très compliqués ! Le coureur qui fait ces 35h par semaine en finissant le travail à 19h ne pourra faire le même programme que celui qui termine à 15h tout les jours. Il faudra essayer d’adapter les séances en proposant du travail sur home trainer par exemple plutôt qu’une sortie sur la route avec la frontale !


Pratiquer deux disciplines, à deux périodes bien différentes de l’année demande une rigueur dans sa planification, son matériel, son investissement… mais avant tout, il est primordial de vouloir pratiquer cette discipline. Victoire ou non, ce n’est que du bonus : l’essentiel est de se faire plaisir sur son vélo sans décrocher au niveau scolaire !
Première étape : Déterminer les spécificités de la discipline.
Chacune des disciplines cyclistes est bien différentes en termes de spécificités. Bien que votre outil de travail soit un vélo, un pistard et un bicrosseur ont des facteurs de performance très différents. C’est également le cas pour un routier-crossman ! Il est important de déterminer chacun d’entre eux afin de vous guider dans les points à travailler à l’entrainement.

Deuxième étape : Evaluer le niveau du coureur.
Afin de connaître le potentiel de votre athlète et de le comparer au modèle de compétition mais aussi à chiffrer les progrès réalisés, cette étape est devenue indispensable de nos jours. Les tests de puissance en laboratoire et les tests à l’entrainement grâce au capteur de puissance (comme le pédalier SRAM QUARQ) permettent ainsi d’évaluer le potentiel physique. Ajouté à ces mesures, l’observation et des évaluations techniques serviront à identifier les forces et les faiblesses de l’athlète, là où les résultats en compétitions ne reflètent pas toujours la réalité.

Troisième étape : Faire le bilan de la saison précédente.
Ceci revient à faire le bilan de ce qui a été fait ou pas fait. L’objectif majeur de cette étape est de récupérer des informations et d’en tirer des enseignements pour la saison à venir. Le carnet d’entrainement du coureur sera ainsi analyser en traitant de multiples informations sportives (km parcourus, nombre d’heures, temps accordé à la discipline et les thématiques, état de fatigue…) que des informations relatives à son rythme de vie (contraintes scolaires/professionnelles, vie sociale…).

Quatrième étape : Etablir les objectifs de la saison.
Il est important de les déterminer le plus tôt possible dans le but de structurer et d’améliorer la qualité de vos entrainements. Etre au top de son potentiel tout au long de l’année est impossible ; il sera donc indispensable de cibler des courses prioritaires (objectifs) et des courses de préparation. En effet, certaines qualités demandent une préparation rigoureuse lorsque l’on souhaite être à 100%. Attention, cela ne signifie pas pour autant qu’il est impossible de gagner lorsque l’on est à 80% de ses capacités ou que ce n’est pas un objectif !

Cinquième étape : Elaborer le programme d’entrainement.
Pour arriver en forme, il est indispensable d’effectuer une planification qui répond à des cycles bien précis : on ne peut pas travailler toute l’année de la même manière, à la même intensité si l’on cherche à obtenir des pics de forme. De plus, nous savons que l’état de forme optimale du sportif est passager. Nos programmations et périodes d’entrainements seront alors découper en périodes et cycles de préparation de durée différente, avec un plan d’entraînement écrit qui reflète des axes de travail et des priorités pour atteindre la performance.

Sixième et dernière étape : Individualiser le programme d’entrainement.
Bien que vous ayez construit un programme prévisionnel, il faudra sans cesse adapter ce dernier de façon quasi hebdomadaire. En fonction des réactions de votre athlète face aux charges de travail (sensations, humeur, état de fatigue, imprévus), vous proposerez un entrainement individualisé ! Deux coureurs préparant un même objectif vont s’entrainer différemment (thématiques de travail similaires mais contenus différents).

Dossier réalisé par Nicolas Boisson – nicolas.boisson@u19racingteam.fr – entraineur  BTWIN U19 RACING TEAM

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